C’est très définitif, et ce n’est pas non plus ce que je pense. Mais comment évoquer ce nouveau canard sans un titre un minimum provocateur, et au moins aussi mesurer que ce qu’on peut y lire à l’intérieur ?
Pour ceux qui vivaient sur une île déserte ces derniers temps, ce nouveau journal papier, hebdomadaire, à sortir le mercredi, au format et à la mise en page identique à Charlie Hebdo est donc l’aboutissement de «l’affaire Siné». L’utilisation d’un marketing si incisif ne vise qu’un objectif : celui de concurrencer Charlie Hebdo, en revenant à une ligne éditorial plus satyrique et radicale, supposée être celle de la bonne époque, celle du Charlie Hebdo des années 70, voire celle du Hara Kiri Hebdo des années 60.

Dans cette genèse et ce premier numéro sorti mercredi dernier, il y a en réalité pas mal de points qui me chiffonnent.

La nostalgie.

C’est probablement le moins important, d’autant que je suis trop jeune pour avoir connu le supposé âge d’or de Charlie Hebdo. Il n’en reste pas moins qu’avoir en partie comme moteur l’idée que c’était mieux avant (fréquente à partir d’un certain âge) me semble généralement aussi porteuse de subjectivité que d’inutilité. D’ailleurs quand Siné dit que la liberté d’expression était bien plus importante dans les années 60 que maintenant, je m’interroge…Passons.

La chasse au social traître.

Elle semble être manifestement le gros dénominateur commun à tous les supporters de Siné, et particulièrement à ses «fans» sur le web (qu’il n’a pas manqué de remercier), et ça me gêne un peu plus. En ce sens, une grande partie du jeu de l’été occasionné par cette affaire a donc été (plus que de soutenir Siné) de lyncher Philippe Val. Pour rappel, le social traître c’est le type qui se revendique de gauche (le fourbe) tout en l’étant bien moins que vous, vous qui savez ce qu’est la «vraie» gauche. Globalement sur certains point clés il fait preuve d’anti-américanisme/anti-sionisme/anticapitalisme/islamophilie/nonisme de manière bien trop peu pavlovienne pour ne pas être suspect. Bref le social traître est presque pire que le type de droite puisque c’est un ennemi de l’intérieur. Une démarche d’épuration politique à son endroit est donc des plus justifiées.
Cette petite musique de la haine qui accompagne le discours de nombre de sinéphiles et transpire également de ce premier numéro gâche un peu les choses à mon sens.

La branlette.

C’est globalement l’impression générale que m’a laissé ce premier numéro. On est bien contents, on est entre gens bien qui pensent bien comme il faut contre le reste de la presse et des crétins qui ne pensent pas comme nous. Inutile même d’expliquer en quoi nos positions sont les bonnes ou justes, puisqu’il s’agit de l’évidence même. S’en féliciter étant l’essentiel. Quelques dessins juste un peu trash pour le fun, mais sans réel message ou intérêt…Ou encore cette rubrique du «dessin refusé» où on semble se gausser de publier ce que la vilaine censure aurait refusé. Pour le coup il s’agit de la publication d’un dessin refusé le 12 septembre 2001 par trois journaux (on ne saura même pas lesquels). Quel intérêt et quel courage de le publier en 2008 ? Bref…Fustiger la «bien pensance» pour finalement la remplacer par une alter bien pensance tout aussi cousue de fil blanc…Bof.

Ceci dit en son temps Hara Kiri était sous-titré « journal bête et méchant ». C’est peut-être juste de cela qu’il s’agit en fait. Attendrai-je un peu trop de sérieux et de journalisme finalement, d’un journal dont la vocation n’est peut-être que la déconne politique décomplexée ? Un peu régressif, un peu puéril certes, mais l’idée c’est peut-être plus de se marrer sans se prendre plus la tête que ça. Et c’est vrai qu’il y a déjà le Monde Diplo comme équivalent sérieux et argumenté alors…
Bon. On va voir. C’était que le premier numéro. Je ne m’abonnerai pas c’est sûr, mais je vais surveiller l’évolution. Et puis ce qui est certain (et c’est probablement l’essentiel), c’est que ce canard prend un créneaux qui n’était pas (plus) occupé, et qu’il est important qu’il puisse exister et enrichir le paysage médiatique…

PS : un billet très intéressant de Manu Larcenet, sur la frénésie de l’affaire Siné, mais aussi sur les blaireaux du web 2.0 (dont je fais parti naturellement).

Cet article a été posté le Dimanche, 14 septembre, 2008 à 12:27 • Par Noun.
Catégories: Politique.

6 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien

  1. 1 - SearclawNo Gravatar

    Moi j’attends de voir. J’aime la démarche, qui effectivement occupe un créneau vide. Les propos de Siné ont été suffisamment ambigus pour me mettre mal à l’aise, pourtant je crois qu’il existe une différence entre anti-sioniste, et anti-sémite. En occident on a la facheuse habitude d’écarter les « génants de l’intérieur » à coups d’accusations d’anti-sémitisme, c’est facile et sans appel, tout comme on libelle « terroristes » les « génants de l’extérieur ». J’ai vu ça pour des amis d’extrème gauche et anar qui ont été accusés d’anti-sémitisme pour avoir dénoncé la situation de la Palestine.

    Par ailleurs, je voudrais rebondir sur la chasse au social traitre. Il me semble que lorsqu’on dirige un journal de gauche, ça serait bien d’être clair sur ses positions politiques. Moi je remets clairement en cause l’intégrité journalistique de M. Vals, qui courbé la tête face aux pressions extérieures. Ce n’est pas la première fois, je rapelle l’affaire Clearstream.
    Quand on a pas de convictions politiques profondes, on préfère virer un dessinateur controversé car dans la ligne de mire de l’élysée, plutôt que de faire front. Je ne souhaite pas une chasse au social traitre, en revanche, quand on dirige un journal d’opposition, on est tenu à un minimum d’intégrité moal et idéologique. Sinon, c’est pas un journal d’opposition. Et franchement, y’a des fois, je me demande…

  2. 2 - NounNo Gravatar

    Pour ma part il ne fait aucun doute que Siné (en tout cas dans la chronique incriminée) n’a pas fait preuve d’antisémitisme. Et je suis tout à fait d’accord pour reconnaitre que l’antisémitisme peut être instrumentalisé pour discréditer l’interlocuteur (une sorte de variante du point Godwin). Il ne faut pas non plus que cela fasse oublier pour autant que l’antisémitisme a bel et bien existé en France et qu’il existe encore. Ni que l’antisionisme peut également être instrumentaliser pour masquer ce qui n’est rien d’autre que de l’antisémitisme (cf Dieudonné).

    Pour ce qui est de Val (et non Vals qui est un député PS), je ne pense pas trop qu’autre chose mis à part l’éventualité d’aller au tribunal pour défendre un truc merdique (diffamation et attaque personnelle plus que la formulation ambigüe supposée antisémite) l’ait poussé à virer Siné.
    Après il est clair que Val n’est pas d’extrême gauche, mais la différence essentielle entre lui et Siné ne me semble pas être au niveau du curseur de «gauchitude», mais plutôt dans le fait que Val est un démocrate (quasi extrêmiste) alors que Siné est un anarchiste. Le fait que Val soit dans l’opposition ne fait pour moi aucun doute. Et je pense qu’à le lire il n’y en a pas. Après qu’on partage ou non chacune de ses prises de position. C’est autre chose, c’est clair.
    Quoi qu’il en soit il me semble aussi surtout difficile de réduire Charlie Hebdo à Philippe Val, qui n’y écrit généralement qu’une demi page…

  3. 3 - ChinaskiNo Gravatar

    J’ai bien lu tous les mots de ton article et je relève une belle aisance dans la maîtrise des canons de la dialectique: un titre fort, d’abord, une accroche, que l’on modère aussitôt pour ne pas rebuter le farouche lecteur, puis un argumentaire étayé par quelques exemples concrets qui débouche sur une conclusion qui s’en en avoir l’air reprend la problématique annoncée en la politisant, en y apportant une nuance subtile qui lui donne sens : SinéHebdo, c’est effectivement de la merde, mais quand même, c’est bien que ça existe.
    Pour un type qui fustige le politiquement correct, je te trouve un peu léger, sur le coup…

    Pour le reste, je suis foncièrement d’accord.
    D’ailleurs, Siné annonçait lui-même vouloir, avec ce journal, « chier dans les bégonias ».
    Car la merde n’est rien d’autre qu’un aliment passé dans un système digestif.
    La merde ne prétend pas avoir bon goût. La merde n’a pas d’objet. La merde est contingente.
    Et c’est tout ce que la blogosphère reproche à Val depuis des mois, avec comme apothéose cette affaire d’antisémitisme : il s’est peu à peu à peu constipé. Embourgeoisé, n’ayons pas peur des mots. A dévoyé le sens de l’ensemble des dessins et chroniques du journal par ses éditos de bon père de famille.
    Là où nous attendons un kamikaze, Val finit par nous donner des leçons de pilotage. Il a précisément tué l’esprit de Charlie, qui est de produire de la merde, quand d’autres, comme Le Monde Diplomatique, ou le Figaro peu importe, font de la cuisine.
    Donc, SinéHebdo, je me fous de ce qu’il y a dedans, mais j’ai besoin de cette symbolique… Je revendique une certaine scatophilie intellectuelle qui, pour dégueulasse qu’elle soit, a au moins le mérite de me rendre étanche aux certitudes.

    Quand à l’article de machin, il me fait vraiment peine. Le genre de gazier qui se plaint du manque de tenue philosophique des conversations de comptoir à l’heure de l’apéro au Café du Commerce.
    Tout ce qu’il nous raconte, c’est qu’Internet c’est nul car les gens y sont aussi cons que dans la vraie vie.
    Mais il tient quand même un blog. Où il raconte l’incommensurable bêtise des gens et où, pour pas être emmerdé, il a supprimé la possibilité de laisser des commentaires.
    Avec une telle qualité de mépris, il devrait se lancer en politique…

  4. 4 - NounNo Gravatar

    Concernant ton premier paragraphe, je plaide coupable. Désolé si je suis politiquement correct lol…
    Concernant Val, je suis également d’accord avec tes griefs (même si je modèrerais) , mais qu’un journal évolue (et change) au gré du temps et ne soit plus ce qu’il était il a presque 50 ans (!), c’est pas le genre de truc qui me révolte plus que ça honnêtement. En tout cas pas au point de faire une chasse à l’homme comme c’est le cas depuis des années sur le net envers celui qui est devenu une sorte de BHL du pauvre : celui sur lequel on tape à peu de frais.
    Après si la merde en barre rend certains moins étanche aux certitudes, j’ai bien peur qu’elle produise excactement l’effet inverse chez la plupart. Et c’est ça qui me gêne au fond.

  5. 5 - Qui©heNo Gravatar

    1) Oui siné ne fait pas preuve d’antisémitisme
    2) Son premier numéro est plus que moyen, bof.
    3) http://www.flickr.com/photos/quicheenfolie/sets/72157607377430279/

  6. 6 - GnathonNo Gravatar

    Mépris, infini mépris pour le pauvre bougre de Siné; à la lecture de son journal on est partagé entre l’exaspération et la tristesse. Comment supporter de voir des imbéciles pontifiants (des Bedos, des abrutis télévisuels j’en passe et des pires…) étaler leur crasse ignorance et des platitudes par milliers dans les colonnes d’un journal qui se veut extrême et asocial ??? C’est à pleurer.
    J’ai acheté le premier numéro par curiosité; la nullité était telle que je me suis dit que cela devait être dû à l’entrée en matière; certainement les chroniqueurs n’avaient-ils pas eu le temps d’écrire autre chose que rien (car c’est de rien que sont remplis les colonnes isn’t it). Le numéro deux, encore un peu plus pourraves était d’autant plus pathétique qu’on y voyait Siné et ses sbires se vanter d’avoir vendu beaucoup de merde à beaucoup de pauvres lecteurs. Quant au troisième on est partagé entre les blagues potaches à 1 franc les vingt kilos et les blagues sur la taille Sarkozy. Les combats de nains n’ont jamais été mon fort… Siné plus petit que Siné…

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