Salutations camarades et co-consommateurs ! Bon ben…près d’un an après le début de la crise (le début officiel, hein, paske sinon y’avait tout plein de types qui tiraient des sonnettes d’alarme depuis des mois, voire des années, mais qui se faisait foutre de leur gueule) j’ai décidé de produire pour vous un deuxième bulletin économique, histoire de vous tenir au courant de la *tousse* reprise *tousse*. Je vais tenter un survol général, pour vos questions, ou insultes, y’a les commentaires.

Nous vivons des temps intéressants. Tout autour de nous résonne la sérénade apaisante des gouvernements et de leurs porte-paroles (oui, oui, je parle bien des grands groupes médiatiques) qui nous promettent, croix de bois, croix de fer, que là, devant nous, se profile l’horizon lumineux de la *tousse* reprise *tousse* (décidément), et que les mesures prises sur le plan national et international ont porté leurs fruits. Oui, bientôt, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Pendant ce temps, dans la réalité vraiment réelle, tout ne va pas si bien, et tendrait même à faire penser que ces petits gredins qui nous informent ne savent pas vraiment ce qu’ils racontent, ou même nous mentent de façon éhontée, au choix. Par exemple, il y a le chômage qui continue de grimper. Aux Etats Unis on est à 9,6 % pour le mois de septembre (source Bureau of Labor Statistics) en et France on tourne autour de 9,1 % pour la même période.

Encore une fois ces chiffres sont les chiffres officiels, car laissez moi donc vous orienter sur deux sites intéressants, ici (inspiré d’un article de Marianne pour la France en 2007) et ici (pour les US en ce moment), qui émettent tous deux l’improbable hypothèse que les vrais taux de chômage se situeraient pour les deux pays, plutôt aux alentours de 20 %. Par ailleurs je vous invite à parcourir l’excellent site de Shadow Statistics, qui continue à calculer les choses pour les US comme on le faisait il y’a 20 ans (c’est à dire sans bidouiller les chiffres). Mais passons.

Pour ceux qui avaient suivi un peu le débat qu’avait suscité mon (excellentissime) premier article, USA, Pourquoi tu n’écris plus ?, j’avais prévu un dollar entre 1,45 et 1,50 avant la fin de l’été. Et bien nous y voilà, et le billet vert s’échange aujourd’hui (le mercredi 23 septembre 2009, d’après mon PC) contre environ 1, 475 euros, avec des excursions régulières au dessus de la barre de 1,48. Pour résumer, le dollar perd de sa valeur, et les risques d’une hyper-inflation aux USA augmente tous les jours (et aux yeux de certains, dont les miens, l’ère du dollar, et des États-Unis est désormais finie).

Par hyper-inflation, comprenez « tiens si j’allais faire Reprise ?mes courses avec une valise pleine de billets, vu qu’une baguette (enfin l’immonde machin carré qui leur sert de baguette là-bas) ça coute 9999,9 dollars ». C’est ça une hyper-inflation. Pour ceux qui aiment l’histoire, tapez donc « République de Weimar » sur gogol, et ça vous donnera une bonne idée de ce qui, en mon humble opinion, les attend. Si vous êtes plus voyage que bouquins, vous pouvez toujours aller au Zimbabwe. Le pays ou on se chauffe avec des billets, parce que au kilo, le bois vaut plus cher (véridique).Voilà, voilà… Patientez quelques secondes pendant que je me roule lascivement dans la mare mon auto-satisfaction, abreuvée par la précision de mes prédictions, je serai à nouveau à votre entière disposition.

Voilà… (*change de slip*). Je poursuis. Par ailleurs, l’or, qui comme chacun le sait, est le refuge des boursicoteurs en cas de coup dur, vient de s’élever au dessus du seuil de 1000$ la once, fleuretant avec des niveaux historiques (qui datent par ailleurs de mars 2009). Un petit rappel, au début de l’année on était autour des 900 $, début 2008, c’était plutôt 800$. Mais qu’est ce qui peut bien expliquer cette tendance haussière de l’or ? Sans doute la confiance des investisseurs en la *tousse* reprise *tousse* (je vais mettre ça sur le compte de la grippe A).

Bon allez d’accord, j’avoue. Vous m’avez démasqué, bande de petits cachottiers. Oui c’est vrai, je suis un incrédule, un hérétique, un infidèle de l’espoir. Je ne crois pas en la terre promise de la relance. Au contraire, d’ailleurs. Je pense que le pire est à venir. Et je vais vous expliquer pourquoi. Tout d’abord (mais j’en ai déjà parlé), le chômage. Quand on est à la rue, on ne consomme pas. Or notre bon vieux système à besoin de la consommation pour tourner. Je vous communique à ce sujet une seule statistique révélatrice. Le fameux secteur « retail » États-Unien (la vente au détail), était en recul de 4,4 % au mois d’aout (source Reuters).

Reprise ?Ceci peut paraître bénin, mais il s’agit là d’une occurrence extrêmement rare, le mois d’aout, qui précède la rentrée scolaire, est généralement positif, puisque en règle générale tous les gentils parents partent en masse faire l’acquisition de jolis stylos et de compas et de cahiers tout neufs afin que leur progéniture puisse se la péter à l’école, et se moquer de leurs camarades moins fortunés. J’ajoute qu’à l’échelle d’une économie, 4,4 % c’est vraiment, vraiment beaucoup d’argent. On recense par ailleurs en France une baisse similaire de moindre importance, environ 1 % (Source Le Progrès). Dans la mesure où le chômage va continuer à gagner du terrain dans les mois qui viennent il faut compter que la consommation poursuivra sur sa tendance actuelle, la grosse baisse. Mais bon, ça vous vous en doutiez déjà.

Toutefois, les effets du chômage de masse seront relativement bénins comparés aux nouvelles bulles d’actifs toxiques qui attendent d’éclater. Peut être avez vous entendu parler des « derivatives ». Globalement, ce système de spéculation boursière est un type de Las Vegas financier. Les « derivatives » permettent de parier de l’argent sur la direction dans laquelle le cours d’un certain secteur, ou entreprise va aller. On peut ainsi se faire énormément de pez sur des fluctuations de marché relativement mineures, plutôt que de ses contenter d’échanger des actions pour ce qu’elles valent. Vous croyez que la crise, c’est la faute des méchants subprimes ? Oui et non.

Les subprimes n’ont été que l’une des petites bulles de surface. La bulle du marché des « derivatives » n’a pas encore pété. En 2006, Warren Buffet (une source relativement crédible tout de même) estimait le montant des actifs toxiques à 531,000,000,000,000 $. Aujourd’hui, certains économistes réputés, comme Peter Schiff ou George Soros (deux des rares financiers à avoir prédit la crise avec efficacité, et qui d’ailleurs aujourd’hui encore n’en voient pas le fond) estiment qu’on peut facilement doubler cette estimation pour 2009. La Méga-bulle, quand elle éclatera, fera passer les sub-primes pour un piquenique en famille. Mais ne craignez rien, car la reprise est pour bientôt !

Laissez moi maintenant vous parler des mystérieux mais pas moins intéressants « LBO » (Leveraged Buy-Out). N’ayez pas peur, ce n’est pas contagieux. Cet ingénieux stratagème financier permet ni plus ni moins d’acheter une entreprise au tiers de sa valeur, tout en comptant sur la dite entreprise pour financer les deux tiers restants de sa propre acquisition. Si vous avez un cerveau, vous devez déjà lever le sourcil. Cet outil hasardeux est-il le seul apanage des spéculateurs tarés d’outre-atlantique ? Oh que non ! Les patrons du CAC 40 sont les deuxièmes plus performants en Europe en matière de LBO (après les anglais, tiens quelle surprise), et je vous assure qu’en ces temps de crise où les entreprises en faillite peuvent être rachetés pour une bouchée de pain, y’a du LBO à gogo.

LBO - colcanopa.com©Imaginons encore une improbable hypothèse. Disons qu’en tant que boursicoteur pour le compte d’un grand groupe, vous ayez fait l’achat d’une entreprise mise à mal par la crise, grâce à la méthode LBO, comptant sur la « reprise » pour vous re-financer et vous faire après coup des couilles en or. Supposons maintenant, qu’avec les performances médiocres de la bourse en 2008-2009, vous vous retrouviez avec sur les bras une entreprise en déficit, qui non contente de ne pas rembourser l’achat initial, vous pompe de la thune pour que vous puissiez sauver la face et la maintenir à flot. La chose se transforme lentement mais surement en gouffre à fric, et bientôt votre boite sombre à son tour, victime d’une dette monstrueuse. Ceci évidemment reste une hypothèse, mais à priori une hypothèse plutôt réaliste pour pas mal de boites en cas de rechute de la bourse.

Rechute, qui en mon sens ne saurait tarder. On vous a parlé sans doute en cours d’histoire du vilain krach de 29. Et bien sachez que cette horrible période durant laquelle le milieu boursier s’auto-purgea à grands coups de revolvers dans la bouche et de sauts désespérés du dixième étage, n’eut pas lieu en 1929. Non mes amis. Car en 29, après le krach initial, la bourse eut le temps de reprendre plus de 60 % de ses pertes, et attirer par la même occasion des milliers de crétins, qui tels des mouches à merde autour d’une bonne bouse bien fraiche, croyaient qu’ils allaient devenir riches en pariant leurs économies sur l’inévitable relance. Qui n’eut pas lieu, comme chacun le sait. S’ensuivit une longue spirale aux enfers, qui mit l’occident à genoux et provoqua une guerre mondiale. Les suicidés dégoutés du capitalisme, c’était après la « reprise ».

Dernier indice. L’un des évènements économiques les plus importants de notre temps vient de se produire aux États-Unis. Le 25 aout dernier, Bloomberg, la grande agence économique, a gagné un procès contre la Fed (banque centrale étasunienne), sous le coup de la législation FOIA (Freedom of Information Act). L’enjeu du procès était d’obliger la Fed à dire à qui et en quelles quantités, elle a donné l’argent de la relance américaine (total de 2000 milliards à ce jour). La Fed ne voulait pas dévoiler cette précieuse information, mais pourtant, mais la Fed a perdu. ( lien pour regretter de pas avoir poursuivi ses études d’anglais ).

Crise planétaire - colcanopa.com©La banque centrale piétine, et essaye de gagner du temps. Malgré la décision de justice (qu’elle pourra retarder en faisant appel), elle refuse d’obtempérer. Les entreprises concernées, réunies sous le nom palpitant de « Clearing House Association », s’opposent elles aussi à cette décision avec violence (putain les cons ils ont même pas honte), et brandissent ni plus ni moins que la menace d’un effondrement total du système bancaire en cas d’application du verdict (dire la vérité aux gens). Notons en premier lieu la flagrante prise d’otage de l’état par l’entreprise, c’est toujours un bonheur quand ça arrive, surtout aux USA. Par ailleurs, de la part de ces institutions pourtant solides, d’après leurs rapports trimestriels, on est en droit de se demander (puisque qu’elles ne sont pas obligés de dévoiler les sources de leurs bénéfices) si en fait, toutes ces bonnes nouvelles et tous ces profits qu’ils nous ont annoncés depuis quelques mois, ne sont en fait que la résultante de la perf fédérale, et des milliards de dollars injectés dans un système moribond. Si jamais la Fed est contrainte à la transparence, je serai personnellement très curieux de voir pourquoi ils se sont tant battus pour que leurs chiffres restent dans l’ombre.

Je pourrais encore poursuivre longtemps sur les pourquoi et les comment. Je ne crois pas à la relance. Je ne crois pas que cette crise est terminée, malgré les manipulations flagrantes du marché pour qu’il reste dans le vert, et les gesticulations frénétiques des nos chefs d’état. Je crois que ça vient juste de commencer. Le prochain G20 de Pittsburg sera comme toujours une vaste mascarade, où nos dirigeants qui ne comprennent rien (ou font semblant de ne rien comprendre) se congratuleront à coups de claques dans le dos pour avoir accentué la dette ridicule qui est à l’origine du (je croise les doigts) suicide du système libéral, ou de la prochaine étape de l’asservissement des états aux multinationales et aux banques privées, au choix.

J’espère deux choses. Premièrement que nos dirigeants et nos banquiers ne changent pas de direction, histoire qu’il n’y ait pas de compromis, pas de retour en arrière possible, et pas de doute sur les coupables. Deuxièmement, j’espère de tout mon cœur que quand les anciens rouages, rouillés par trop de sang, se fracasseront enfin sous leur propre poids, l’humanité saura voir que c’était pas ça, la liberté, que c’était pas ça, la vie, et que jamais, plus jamais, on ne se laissera enchainer par de l’air, du papier et de l’encre. Sur ce, camarades, je repars étudier les chiffres du chaos, (promis je vous le dis si jamais y’a une chance que ça s’arrange, mais en attendant achetez des pâtes) et je vous laisse méditer sur une citation tirée d’un film que j’aime beaucoup : « L’esclavage physique exige que l’on nourrisse et loge l’esclave, l’esclavage économique exige de l’esclave qu’il se nourrisse et se loge lui-même. ».

Yep. No Pasaran !

PKD

Cet article a été posté le Dimanche, 27 septembre, 2009 à 9:45 • Par .
Catégories: Politique.

13 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien

  1. 1 - SearclawNo Gravatar

    Merci Noun pour ce travail d’illustration exceptionnel. On regarde les mêmes graphiques, c’est marrant…

  2. 2 - NounNo Gravatar

    Bah j’étais tombé sur des articles de Marianne et Slate qui reprennent un peu tout ça et notamment les toujours très intéressantes données publiées par le GEAB (dont tu m’avais parlé)…

  3. 4 - SearclawNo Gravatar

    Y’a une phrase qui me heurte un peu dans le premier article :

    « Regardez, disent les économistes de change, l’appétit pour le dollar continue, les ventes de T-Bonds ne soulèvent aucune difficulté, les taux sur les marchés américains sont bas. »

    Déjà, faudrait savoir de quels économistes on parle. Paske franchement, selon les économistes, ça diverge énormément. Ensuite, les ventes de T-Bonds ne soulèvent aucune difficulté ? Euh, ouais, faut voir lesquels… Ils ont réintroduit le Bond de 30 ans en 2006, parce que justement ils arrivaient plus à rien vendre à court terme. En 2009, la Chine s’est DEBARASSEE de 139 milliards de $ en T Bonds. Je passe sur la séance de vente de T Bonds de mars de cette année, qui fut un échec total pour les US, avec quasiment personne d’intéressé. Quant à « les taux sur les marchés américains sont bas »…. Ben oui. Normal. Vu que le dollar va mal…

    L’hypothèse développée par les économistes que je cite dans l’article est la suivante : Bien sur que l’hyper-inflation du dollar n’avantage personne. Mais sa baisse entrainera à un moment un point de rupture. Sous la pression économique liée à la crise, un ou deux pays vont dire « on a plus le choix », et inonderont le marché de dollars, afin de limiter leurs pertes, en quète d’une devise plus juteuse. C’est là le risque. Un tel mouvement entrainerait, selon Schiff et Soros, une avalanche, cahcun se bousculant pour se débarrasser de ses billets verts au cours d’une dégringolade dantesque qui n’aurait rien à voir avec les prémisses que nous voyons aujourd’hui. Cependant, l’idée est déjà là. On vire des dollars pour limiter les dégâts. La Russie, la Chine, même le FMI en parlent. La réalité, c’est que l’hypothèse de la lente dépréciation du Dollar est quasi-utopique. En matière d’économie, pour gagner le maximum, faut être premier. Et ce qui est sur, c’est qu’aucun état au monde ne voudra être dernier.

  4. 5 - SearclawNo Gravatar

    On vient de franchir le cap du 1,50. Ça va lever des sourcils, je vous le dis…

  5. 6 - SearclawNo Gravatar

    « Business will turn for the better this month or next, recovering vigorously in the third quarter and end the year substantially above normal. »

    ~~Harvard Economic Society, Mai 17, 1930

    J’adore toutes les rapprochements qu’on peut faire avec ’29.

  6. 7 - MelophoreNo Gravatar

    L’explosion de la « bulle » LBO va refaire partir les marchés financiers à la baisse… celà va sans dire, la production industrielle est en baisse à cause de la pénurie du pouvoir d’achat des consommateurs.

    La croissance, et donc la production industrielle, donc la rentabilité des entreprises repose sur une petite portion de la population humaine : le consommateur des pays riches. La croissance soutenue de la Chine malgré la crise peut s’expliquer par le choix du consommateur qui se porterait sur des produits d’entrée de gamme.

    Après je ne vais pas continuer sur les évidences…

    POUR en revenir à la FED. Rien n’est plus normal qu’ils souhaitent garder les bénéficiaires des « aides » distribuées.
    Les grandes corporations et groupes d’investissement institutionnels qui ont fair appel à la FED étaient au bord de la faillite.
    Or faire faillite = chômage, mais surtout un cours de bousre = 0 dollar.

    Devoiler le nom des bénéficiaires, à l’époque et aujourd’hui, signifie signaler toutes les corprorations malgérées, surendettées et incapable de fonctionner… donc tuer toute remontée en bourse de ces dites corporations.

    Cas pratique. Imaginez que vous ayez un compte à la Société Générale. On vous annonce plus ou moins directement que la société va faire faillite, tous les dépositaires de comptes vont aller retirer tout et causer de facto la faillite de la société.
    Ou si vous êtes bousicoteurs et vous savez que la société va disparaîter vous vendez tout à n’importe quel prix pour récupérer au moins quelque chose…

    MAINTENANT d’où vient cette pseudo-reprise ? De l’envolé des cours de bourse. (Le Dow était à 6300 au pire de la crise, alors qu’il dépasse largement les 10000 aujourd’hui, soit une remonté d’environ 50%).
    Le FED a prêté à 0% des liquidités de manière presque illimitée à ces institutions financières qui se sont empressées de tout investir sur le marché. Soit ça passé, soit on avait une révolution mondiale sur les bras…

    Les 2000 milliards injectés par la FED sont désormais 3000 milliards de valorisation boursière.
    Ils espèrent ainsi, je pense, offrir ces 1000 milliards pour compenser les pertes dues aux actifs toxiques. (ce n’était pas 531 milliards le chiffre avancé)
    Et ensuite récupérer les 2000 milliards, rachèter les bonds du trésor (ou les laisser) et rétablir une certaine stabilité du dollar.

    ALORS l’éclatement de la bulle LBO va permettre de purger ces bénéfices du sytème.
    MAIS cette bulle n’éclatera pas si les firmes financières lèvent assez de bénéfices sur le marché.
    Les conséquences seront énormes sur les volumes d’activité économique (= chômage de masse), la possibilité, si leur calcul ne fonctionne pas, de ruiner les états.

    DANS le meilleur des cas, la reprise va ête très faible et ne va pas effacer les traces de la crise au niveau des sociétés humaines. La population des pays « occidentales » va s’appauvrir, les populations du tiers-monde ne veront pas leur situation s’améliorer.

    Dans le pire des cas, les états actuels vont soutenir les entreprises même si celà les amène à leur ruine. Et on aura, sans insurrection populaire, un monde ultra-libérale.

  7. 8 - NounNo Gravatar

    Comme promis un petite contre-point (faut bien que quelqu’un s’y colle), quant à la chute du dollar :

    Plus que quarante ans de dollar faible.

    Tous les mois environ, la presse économique et financière s’alarme de la faiblesse du dollar. Et une fois par trimestre, la même presse s’alarme de la montée du dollar. En ce moment, le dollar est faible. Il a perdu 15 % de sa valeur depuis six mois par rapport à l’euro. Tremblez, braves gens!
    Une bonne fois pour toutes, qu’en est-il du dollar?
    Désolé de vous dire que ce qui suit prétend montrer qu’il faut se foutre pas mal de la valeur du dollar pour les quarante ans qui viennent.
    Au départ (1944), le dollar est aligné sur l’or, et les devises du monde sont alignées sur le dollar. C’est donc le stock d’or mondial qui fixe la quantité de monnaie en circulation dans le monde. Bien évidemment, le stock augmente très peu, alors que les besoins de transactions explosent. Les Américains font marcher leur planche à billets, mais ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête: qu’on leur demande d’échanger leur papier contre de l’or.
    Le 15 août 1971, Nixon décide que le dollar sera désormais inconvertible. Fini les petits malins – comme les Français – qui de temps en temps demandent des conversions en or. Nixon dit: « ll n’y a pas de raisons que les Etats-Unis se battent avec une main attachée dans le dos. L’Europe est notre concurrente, nous allons nous battre à armes égales avec elle. Mieux: nous aurons une arme de plus. » Connally, le secrétaire d Etat au Trésor, dit: « Désormais, le dollar est notre monnaie, et votre problème. »
    La dette américaine n’existe pas.
    Les États-Unis peuvent émettre la quantité de monnaie qu’ils veulent. Comme un journaliste du Monde demande un jour à Milton Friedman s’il n’est pas inquiet de la montagne de dettes accumulées par son pays, il répond: « Nos dettes sont libellées en dollars ? Alors nous ne vous devons rien. »
    Rien. Les Etats-Unis peuvent accumuler tous les déficits de la terre, ils ne doivent rien. Ils empruntent, consomment, achètent à la Chine, produisent en Chine, leur niveau de vie croît de façon phénoménale au prix d’inégalités record et de l’hypocrisie d’un système financier qui se nourrit de cette industrie de la dette. Voilà que les Chinois alignent leur monnaie sur le dollar: Le yuan n’est pas convertible. Comme il est aligné sur le dollar, l’espace Chine-Etats-Unis est un espace monétaire homogène (exactement comme la zone euro). Les Chinois produisent pour les Américains et accumulent des dollars (2200 milliards aux dernières nouvelles) avec lesquels ils peuvent acheter des machines et des matières premières. Toutes les transactions essentielles du monde (matières premières et pétrole) se font en dollars.
    Le dollar est la monnaie de la Chine
    Le dollar n’est pas la monnaie des États-Unis, mais du couple Chine-Etats-Unis. Les gogols qui ont peur de la chute du dollar et autres calembredaines devraient regarder les choses en face.
    C’est mauvais pour l’Europe?
    Non, Certes, l’euro se réévalue de façon lancinante, ce qui oblige les Européens à des efforts de productivité, ce qui est plutôt bon.
    Est-ce que cela réduit leur croissance? Non. C’est le coût du travail qui fait la différence de croissance des Chinois et des Européens. Même les Allemands, les deuxièmes exportateurs du monde, n’auront jamais le taux de croissance des Chinois. Tant que le coût du travail chinois sera bien en dessous du coût européen, la Chine inondera le monde de ses produits : il y en a encore pour quarante ans. Une remontée de dollar pénaliserait la Chine, donc, par contrecoup, l’économie européenne, donc circulez.
    Dernière foutaise relayée par la presse économique (Les Echos) : les pays du Golfe, la Chine, le Japon, la Russie et a France ne feraient plus leurs transactions pétrolières en dollars, mais dans un panier de monnaies fait d’euro, de yen, de yuan, etc. Foutaises! La Chine, a intérêt à maintenir le statu quo. Le jour où la Chine casse le système, elle déclare la guerre aux Etats-Unis. Elle le fera peut-être dans quarante ans, mais pas aujourd’hui.
    Vous direz: Trichet pourrait inonder le monde d’euros. D’abord, il n’en a pas le pouvoir. Ensuite, comme cette inondation ne correspondrait pas à la production de marchandises contrairement à ce qui se passe en Chine (45 % du PIB représenté par l’investissement), elle se traduirait par de l’inflation. Fin de l’histoire.

    Par (Oncle) Bernard (Maris) – Charlie Hebdo, Octobre 2009.

    Je rajoute à cela quelques mots de l’économiste Frédéric Lordon au sujet de la « réformabilité » du système bancaire et financier :

    Il n’y aurait donc pas une volonté de faire évoluer le système plus fortement d’un côté que de l’autre ?
    Une des grandes raisons qui font obstacle à la transformation du système bancaire tient à l’incroyable confusion qui a mêlé élites financières et élites politiques. Ainsi, la finance a acquis ce formidable pouvoir d’écrire ses propres règles du jeu. Lorsque le conseiller spécial et occulte de Nicolas Sarkozy pour la gestion de la crise financière s’appelle Michel Pébereau, président non exécutif de BNP Paribas, que pensez-vous de la probabilité d’une réforme radicale ? Le cas de François Pérol est plus caricatural encore. Celui-ci est successivement directeur adjoint de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Economie et des Finances, associé-gérant chez Rothschild & Cie, où il supervise la formation de Natixis, brillante réussite, et le début de rapprochement entre les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires, puis secrétaire général adjoint de l’Elysée, où il gère la déconfiture bancaire puis la finalisation du rapprochement Caisses d’Epargne/Banques Populaires… dont il va finalement prendre la présidence, et tournez manège. Pendant vingt ans, bon nombre d’analyses médiatiques ont mis ce genre de choses sur le compte d’une épouvantable singularité française à base de relations incestueuses entre l’Etat et les grandes entreprises. Sauf que c’est pire encore aux Etats-Unis ! Des anciens patrons de Goldman Sachs se succèdent à la tête du Trésor américain, pour y faire la politique de leurs intérêts passés et futurs, et c’est en fait tout Wall Street qui campe au Capitole comme à la Maison-Blanche pour tenir la plume aux rédacteurs des nouvelles régulations.

    Pourquoi prôner une réduction drastique de l’espace laissé à la finance dans l’économie mondiale ?
    Toute analyse sérieuse constate l’exorbitant privilège de profitabilité dont jouit la finance de marché. Il faut tout de même se souvenir que le taux de rémunération normal du capital, c’est le taux d’intérêt… soit quelques %. Or, le taux de rendement des capitaux propres des grandes entreprises industrielles du CAC 40 tourne déjà à 15-20 %, et celui des départements « banque d’investissement » monte communément… à 40 % ! Est-il concevable que dans une économie croissant et rémunérant le « capital ordinaire » à quelques % se perpétue une telle enclave de profitabilité ? Il ne faut pas aller plus loin pour comprendre que l’industrie financière se battra jusqu’à la dernière goutte de sang pour protéger ce paradis. Il n’est pas de véritable refonte des structures de la finance hors de l’objectif stratégique de la ramener à l’ordre normal de la profitabilité. A voir l’ampleur du chemin qu’il va falloir lui faire parcourir à reculons, on comprend qu’il faille envisager de lui appliquer une action des plus brutale.

    Interview Télérama, Ocobre 2009

  8. 9 - MelophoreNo Gravatar

    La faillite récente de CIT, une banque qui prêter de l’argent aux PME américaines est symptômatique des effets de la crise financière sur l’économie réelle.

    Les petites entreprises ont dû mal a trouver des liquidités pour faire face à la baisse des commandes, le chômage augmente…

    Mais aussi, ce qui est important de voir, c’est que ce sont les multinationales qui soustraitent dans ces mêmes PME.

    La rentabilité des grosses sociétés du DOW, du CAC, du FTSE ou du NIKKEI est en forte baisse. Ruiner les soustraitants, c’est une mesure de sauvegarde d’urgence. Mais plus important (de la perspective cynique des financiers) est une baisse des marges CASH de ces gros groupes.

    Le LBO (pratiqué par KKR par exemple), qui finance environ 20% de l’acquisition en fonds propres et 80% en prêt qui sera remboursé en taillant du CASH dans la bête (augmenter la productivité, réduire la masse salariale, excellence sur la conquête des parts de marché…) est mise à mal.

    Le CASH est lié à l’éxécedent de bénéfices. Hors ces bénéfices sont mis à mal. Celà veut-il dire qu’un PRIVATE EQUITY FUND (PEF)comme KKR serait dans un état tel qu’il ne pourra pas rembourser son crédit LBO ?

    Peut-être, et que fera KKR pour rembourser ? Il vendra de façon anticipé les groupes acquises par LBO. OU ne rembousera pas en ruinant à nouveau les banques.

    Donc, les banques feront à nouveau faillite… encore ! mais…
    Et si KKR n’est pas le seul… Et que beaucoup de PEF sont obligés de liquider leurs actions ? Un nouveau krach…

    Les résultats d’une entreprise du CAC40 ou du DOW dépend de l’état de l’économie réelle. Une croissance absente, une production en baisse et un chômage plus important va impacter leurs bénéfices…

    (en gros, en terme de conseil boursier, vender maintenant, ou si vous êtes gourmand au plus tard fin décembre début janvier. Attendez une nouvelle baisse spétaculaires pour trouver de meilleurs points d’entrées vers mars et observer à la loupe les annonces des plans de soutien…)

  9. 10 - NounNo Gravatar

    « La Société Générale a adressé à ses clients une étude prospective développant trois scénarios d’évolution de la crise. L’un d’entre eux évalue les conséquences d’une crise de surendettement des Etats dans une économie anémiée, déclenchant un « effondrement global ».

    [...]

    Par Ambrose Evans-Pritchard, Telegraph, 18 novembre 2009

    La Société Générale à conseillé à ses clients de se préparer à un éventuel « effondrement économique global » au cours des deux prochaines années, et elle propose une stratégie d’investissements défensifs pour éviter la destruction de leur patrimoine.

    Dans un rapport intitulé « le pire scénario de la dette », l’équipe SG de gestion des actifs écrit que les opérations de renflouement effectuées par les Etats l’an dernier ont simplement transféré les dettes privées vers le public qui plie sous la charge, créant une nouvelle série de problèmes.

    L’endettement global est beaucoup trop élevé par rapport à leur PIB (350% aux USA) dans la plupart des économies des pays développés, qu’il s’agisse de l’endettement public ou privé. Il faudra accomplir la tâche éreintante de réduire ce ratio d’endettement, et ce durant des années. « Pour le moment, personne ne peut dire avec certitude si nous avons déjà vraiment échappé à l’effondrement de l’économie » lit-on dans ce rapport de 68 pages, dont la rédaction a été dirigée par le responsable de la gestion des actifs Daniel Fermon. »

    Source et suite : contreinfo.info

  10. 11 - SearclawNo Gravatar

    Il se peut que nous soyons au tournant. Dubai vient d’annoncer que concrètement, l’Arabie saoudite est en faillite. Les bourses ont plongé hier, et en font de même aujourd’hui.

  11. 12 - SearclawNo Gravatar

    Par contre, je trouve ça ultra-bizarre que les marchés européens ne reflètent en rien cet évènement aujourd’hui (je pense que tout le monde doit attendre l’ouverture des bourses américaines, mais bon….). L’asie à subi des pertes monstrueuses cette nuit portant. Comprends pas.

Répondre à “Reprenez donc un peu de Reprise.”