Voici un bref rappel technologique de la situation actuelle du nucléaire. Quelques notions sont abordées succinctement mais permettent le préalable nécessaire pour aborder le billet sur les différents scénarios envisageables quant à notre devenir nucléaire en France…

Stratégie du retraitement:

Dans le monde, et en France en particulier, l’essentiel des centrales nucléaires sont de type REP (Réacteur nucléaire à Eau Pressurisée). Pour fonctionner, ses centrales ont besoin de combustible nucléaire.
Le combustible nucléaire doit comporter entre 3 et 5% de l’isotope de l’uranium U235 pour pouvoir être utiliser. Or l’uranium naturel n’en comportant que 0.72%, il faut donc l’enrichir pour en faire du combustible. Les processus chimiques d’enrichissement augmentent donc la concentration en U235 et aboutissent à la formation du combustible nucléaire qui est l’oxyde d’uranium (aussi appelé UOX) et d’uranium appauvri considéré comme une matière valorisable. Après quelques années en réacteurs, le combustible est usé. A cette instant, deux stratégies sont possibles. Soit considéré le UOX usé comme un déchet dit «ultime», c’est à dire dont il n’y a rien d’autre à faire que de s’en débarrasser. Soit le retraiter.
Certains pays (USA) préfèrent ne pas retraiter pour des raisons économiques (le kilo d’UOX usé coutant nettement plus cher que celui d’uranium naturel). La France est au contraire en pointe dans ce domaine avec l’usine de La Hague.
Le retraitement produit des matières dites valorisables. Du plutonium, qui permet de fabriquer du combustible nucléaire avec l’uranium appauvri (le MOX), et de l’uranium à 1% d’U235, qui peut être ré-enrichi pour faire à nouveau du combustible nucléaire (l’URE). Il produit également des déchets : des produits de fission et des actinides mineurs. Ce sont des déchets HAVL.
Les matières valorisables sont des éléments potentiellement ré-exploitables. C’est pourquoi elles ne sont pas comptabilisées comme des déchets. Elles n’en sont pas pour autant moins dangereuses que les déchets.

Implicitement, le retraitement n’a de sens que dans l’optique d’une poursuite d’un programme nucléaire (pour utiliser le combustible ainsi généré), et donc dans l’optique d’un renouvellement du parc actuel.


Le retraitement représente une prise de risque supplémentaire permanente de par les manipulation et traitement des matières impliquées. Mais il permet de recréer du combustible nucléaire et de diminuer le volume des déchets les plus dangereux en les «extrayant» du combustible usé traité.

Les déchets:

Quoiqu’il en soit nous héritons donc d’un stock de déchets (matières valorisables incluses) à gérer (l’ANDRA en fait un inventaire régulièrement). Les différentes options pour le futur en matière de nucléaire influent donc différemment sur la gestion de ce stok hérité, et sur la productions (ou non) ultérieure de déchets.
Les déchets sont classés ainsi : les déchets de très faible activité (TFA), les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC), les déchets de faible activité à vie longue (FA-VL), les déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL), les déchets de haute activité (HA).

Les MA-VL et HA sont les déchets les plus dangereux (plutonium, actinides mineurs et produits de fission essentiellement) et problématiques en terme de gestion. Pour l’instant aucune solution n’est retenue quant à leur devenir. Il faut dire qu’il représentent moins de 5% du total des déchets mais concentrent plus de 99% de la radioactivité. Il sont au minimum dangereux pour plusieurs dizaines de milliers d’années.


Le problème de pouvoir assurer leur intégrité sur une si longue période est évident.
Pour ce qui est des solutions apportées, globalement elles sont relativement «simples» et assez invariables : confiner les déchets (protocole différents selon la nature du déchet, les plus dangereux sont vitrifiés au préalable, mis en colis puis dans des confinements béton par exemple…) puis les soustraire à l’environnement. Ils sont donc soit entreposés, soit stockés (la nuance est faible, l’entreposage étant un stockage réversible) dans des endroits dédiés.
La solution envisagée pour les plus dangereux semblant être l’enfouissement géologique en profondeur (les seules alternatives actuelles étant l’immersion en eaux profondes et le déversement dans l’espace…).

Pour aller plus loin :
Agence Nationale pour la gestion des Dechets Radioactifs
Le débat public sur la gestion des déchets radioactifs
Commissariat à l’Énergie Atomique
Sortir du nucléaire
Greenpeace

Cet article a été posté le Mercredi, 20 août, 2008 à 21:30 • Par .
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