Parlons un peu de nucléaire.
Avec un omniprésident plus que jamais VRP d’Areva dans le pourtour méditerranéen en Chine et ailleurs, des incidents réguliers comme récemment au Tricastin, un contexte global de disparition progressive des hydrocarbures et de réchauffement climatique dans lequel nombre de pays font le choix de relancer leur programme nucléaire, et où certains comme les Allemands y ayant renoncé s’interrogent sur une possible remise en cause de cette sortie…La sujet reste donc plus prévalent que jamais.
Du coup, souhaitant me renseigner un peu, j’ai vaguement fait un petit tour de web. Le thème se révèle évidemment fort complexe, et dépassant largement mes compétences et connaissances personnelles pour pouvoir en parler réellement de manière étayée et objective. Néanmoins, je suis tombé sur un document fort intéressant. Une analyse contradictoire (Source), faite à la demande de la Commission nationale du débat public (CPDP), par trois experts des questions énergétiques et nucléaires, connus pour leurs analyses critiques sur la question nucléaire : B. Dessus, B. Laponche et Y. Marignac. Et ce , dans le cadre du débat public sur la gestion des déchets radioactifs qui a pris fin le 13 janvier 2006.
Mais avant de vous parler de ce document, et de sa conclusion originale, un petit rappel de principe sur la situation technologique actuelle du nucléaire aggrémenté de quelques notions de base en la matière est à lire ICI.
Vous êtes toujours là ? Allons-y…
Les scénarios à venir.
Selon le document que je citais en début de billet, six scénarios différents ont été envisagés :

1-Poursuite/Continuité :
C’est la poursuite de l’option nucléaire (renouvellement et accroissement du parc
de réacteurs), basée sur la continuité des solutions technologiques. En l’occurrence le tout EPR (qui rappellons le, n’est donc pas une révolution technologique, mais une sorte de REP optimisé en terme de sécurité et rendement). C’est un scénario qui implique l’augmentation du retraitement avec ses risques associés, et qui est très peu intéressant dans le sens où il est celui qui augmente le plus la quantité de tous les types de déchets (or UOX usé), et dans de grande proportions.
2-Poursuite/Rupture :
C’est un scénario qui substitue, sur la base du précédent, une partie des EPR par des RNR réalisant la séparation-transmutation. L’avantage est évidemment une réduction très significative des déchets, et notament des plus dangereux comme les actinides mineurs et le plutonium.
C’est une option permettant de vendre un avenir nucléaire plus attrayant : une production électrique nucléaire forte associée à une production de déchets faible. Mais malheureusement quelques problèmes se posent :
- par précaution les actinides mineurs sont actuellement vitrifiés, les soustrayant de facto à toute future transmutation.
- cette technologie necéssite une accumulation de plutonium pour être démarrée (ce que permettent les EPR).
- la séparation-transmutation est aboutie sur papier mais reste en fait un pari technologique tout ce qu’il y a de plus incertain. Il s’agit donc de faire le pari d’une réussite technologique, de la maitrise des ses risques associés et de la possibilité de son déploiement industriel rapide.
Evidemment si le pari est perdu, et si la technolgie RNR ne se concrétise jamais, on en revient alors par défaut au scénario numéro 1…Plus le plutonium potentiellement sur-accumulé entre temps.
C’est le scénario très répandu chez les pro-nucléaires.
3-Maintien/Rupture :
Ici la part de production électrique nucléaire est moindre et il n’y a pas poursuite de l’option nucléaire, mais seulement maintien (renouvellement partiel avec repli du parc). Sans surprise, un recour moindre au nucléaire est synonyme de moins de déchets. Mais ce scénario est confronté aux mêmes incertitudes que le précédent concernant la rupture technologique vers d’éventuels RNR…
4-Sortie/Continuité :
C’est la sortie dite «conventionnelle» qui est en fait le scénario de sortie repoussoir généralement présenté par les pro-nucléaires. Le bilan de ce scénario est en effet très mauvais car il implique une sortie du nucléaire couplé à une continuité, c’est à dire une poursuite du retraitement. Donc conservation des risques inhérents au retraitement sans en tirer de bénéfice, et accumulation de déchets…C’est un non sens.
Ce n’est pas le scénario défendu par les anti-nucléaires.
6-Sortie/Abandon :
C’est un scénario plus cohérent. Une sortie du nucléaire sur 10-20 ans couplé à un arrêt immédiat du retraitement. Le point positif est sans conteste l’arrêt de la prise de risques inhérents au retraitement. Mais le gros point négatif est que ce scénario implique de consentir à la gestion des déchets hérités (dont un stock important de plutonium notament) et des déchets non retraités (très gros stocks de MOX et d’UOX usés)…
C’est le scénario privilégié par les partisans d’une sortie du nucléaire.
5-Sortie/Rupture :
Il s’agit donc d’une sortie du nucléaire, avec maintient des opérations de retraitement (et des risques associés) pendant 60-70 ans, pour terminer par la mise en route de quelques centrales nucléaires HTR au alentours de 2025.
Les réacteurs HTR consomment du plutonium, produisent peu d’actinides mineurs et moins de produits de fission (tout ce qui est le plus dangereux en somme). De plus, le combustible usé des HTR est particulièrement stable et ne suppose probablement pas d’opération supplémentaire avant stockage. Contrairement au RNR, le HTR est une technique qui n’est pas virtuelle mais rapidement opérationnelle.
Conclusion.
Voici un petit tableau récapitulatif de la gestion de différents risques selon les scénarios évoqués :

Cette analyse contradictoire privilégie donc au final un scénario pour le moins surprenant, qui n’est ni celui que nous vendent les pro-nucléaires, ni celui qui est défendu par les anti-nucléaires.
Dans la perspective d’une gestion future optimum des déchets nucléaires, c’est à dire qui permette de prévoir fiablement le stock futur et qui aboutisse à un stock à gérer le plus faible et le moins contaminé possible…
…La moins mauvaise des solutions serait donc une sortie du nucléaire avec poursuite du retraitement, couplée à la construction de quelques centrales vers 2025, pour «nettoyer» les déchets hérités…
2 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien
1 - Adrien
Pour passer au charbon?
19 sept, 2009
2 - Noun
Considérant que les réserves prouvées actuelles d’uranium avoisinent les 140 ans (à conditions que personne d’autre ne se mette au nucléaire entre temps…), même en faisant les autruches et en fonçant dans le tout nucléaire en tentant d’éluder la question épineuse de la meilleure gestion possible des déchets…la question de l’après devra de toute façon vite s’envisager…
20 sept, 2009
Répondre à “Construire des centrales pour mieux sortir du nucléaire ?”