Encore une fois, je me retrouve sur le cul, abasourdi par la connerie ambiante, dégouté par un gouvernement (que dis-je, un monde) qui refuse de réfléchir et de regarder les choses en face, alors que franchement les amis, franchement, faut pas être Einstein pour capter certains trucs dans la vie. Ben c’est vrai quoi, faut pas grand chose quand même. Lire un bouquin de temps en temps, se poser pour réfléchir un peu, faire un Sudoku (nan je déconne, les Sudoki (?) c’est à chier). Des fois même, on peut discuter avec des gens (mais attention hein, pas à plus de cinq dans les halls d’immeuble mes loulous). Tout ça pour dire que le bon sens, c’est bien.

Mon coup de gueule d’aujourd’hui concerne les méchants gnenfants qui amènent des méchantes gnagnarmes dans les gentilles écoles pour faire du mal à leurs profs ou à leurs petits camarades. Allez, en vrac, Montigny-les-Metz le 20 janvier dernier, un élève de 11 ans agresse sa prof d’allemand avec des ciseaux, vendredi 15 mai, à Fenouillet le collégien en cinquième poignarde sa prof avec un couteau de cuisine, et puis il y’a aujourd’hui encore (27 mai je crois) une nouvelle histoire semblable, à proximité de Lyon, un marmot de 12 piges qui menace sa prof au couteau de cuisine (les effets de mode ça va vite chez les jeunes, dans deux mois ça sera le parpaing, ou le boomerang, mais en ce moment c’est le couteau à pain qui fait fureur). Enfin bref… Vous avez saisi le tableau, y’a des gosses qui pètent les plombs.

Bon alors maintenant, je vais plutôt me pencher sur ce qui me brise vraiment les gonades dans toute cette  histoire, c’est à dire (oui encore) l’intérêt prononcé et malsain du gouvernement et des médias pour ces FAITS DIVERS, si regrettables qu’ils soient. J’entends un peu partout depuis une semaine les traditionnels discours hallucinés, sécuritaires et démagos, réflexions creuses et sans logique de la droite décomplexée (droite décomplexée, c’est une droite qui t’encule, puis s’offusque vigoureusement quand quelqu’un ose questionner la légitimité de la présence d’une bite dans son cul, pour enfin finir en s’auto-congratulant, après t’avoir donné rendez-vous le lendemain). Violence infantileComme d’hab’ je vous suggère vraiment de visiter le site de TF1 (ah… TF1… le fast food du cyber-rédacteur engagé débutant, où serais-je sans toi…), parce que là, y’a quand même la crème de la crème de l’opinion publique, toujours aussi veau. Tout en bas dans les commentaires, on retrouve avec émotion les indémodables « c’était mieux avant », « y’a plus de respect », « pauvre France », «en taule le petit délinquant » etc… Notez au passage le titre suggestif de l’article, grandiose dans sa simplicité,  « Violences- A 12 ans, il menace sa prof d’un couteau «  (à dire d’une voix grave, rauque et triste à la fois).  Sous-entendu, à douze ans, on n’est pas censé menacer sa prof avec un couteau,  c’est tragique, c’est mal et c’est la preuve que la société va mal, heureusement que Sarkozy est là pour nous karchériser tous ces bou… euh… tous ces voyous qui influencent nos enfants avec leur musique violente Hup Hap. Du grand art. Je généralise, mais même ici, la forme, c’est rien comparé au fond.

Ben ouais, réfléchissez. Ces tapages, et les débats d’opinions immondes qu’ils suscitent tombent dans la même logique classique. Dramatiser les faits divers pour augmenter la peur, pour augmenter le contrôle. C’est quand même fort ! Juste au moment où Coupat se rebiffe un petit peu, le gouvernement a une idée relativement géniale, qui pour le coup, sur le grand compteur de la peur-panique manipulatrice des foules, fait passer les terroristes de tous bords pour des têtards tétraplégiques (tiens je sais même pas s’ils ont une colonne vertébrale les têtards… je me renseignerai à l’avenir). C’est sublime.

On va leur foutre les chocottes avec leurs propres gosses !Imaginez ! Papa rentre du travail, entre dans la cuisine, et hésite, car il voit fiston, à table, entrain de se préparer une tartine de pâte au chocolat dégeu pleine d’huile de palme. Fiston lève les yeux, couteau en plastic à la main, et sourit. Le doute cède à la panique. Papa, terrifié, recule lentement, sans gestes brusques, suant à grosses gouttes, vers le couloir, où sa fille adolescente l’attend, la main nonchalamment posée sur un parapluie très aiguisé. Papa se souvient qu’il lui avait pas filé 50 euros l’autre jour quand elle voulait s’achèter des produits de beauté merdiques pleins d’huile de palme, et livide, fuit vers le salon où il se barricade. Devant les « infos » à la télé, il se rassure en se disant que le dehors est aussi dangereux que le dedans, qu’au moins, quand ses gosses seront à la fac, ils se feront casser la gueule par des CRS, et que finalement, il va p’tet penser à accepter une semaine à 40 heures, pour être éloigné le plus longtemps possible des assassins potentiels qui vivent sous son toit.

Plus sérieusement. Ce qui me gonfle comme d’habitude, c’est la complicité des médias qui relayent la peur par packs de 24, au profit d’un pouvoir qui va s’en justifier pour faire passer d’autres lois encore plus fascistes (si vous aviez aimé Hadopi, vous allez adorer Loppsi). Rien de neuf de ce coté là. Mais ce qui me gonfle à un tel niveau que c’en est presque une nouveauté, c’est que je me rends compte de l’incapacité manifeste des politiques à réfléchir, à se poser des questions, et même à faire quoi que ce soit à part collaborer comme des petits nazillons avec  le nouveau Vichy.  Personne n’adresse le vrai problème. Les réponses sont là, pourtant, devant tout le monde, au grand jour, pas planqués dans des caves sombres, dans les quartiers délabrés, ou dans les textes d’un groupe de Rap. Ils mettent tellement d’efforts à traiter la forme, plutôt que le fond le fond, résolvant tous les problèmes temporairement, en prélevant à chaque fois une grosse part dans dans le gâteau déjà bien entamé de nos libertés, que je commence à croire qu’ils font exprès…

En toute modestie, je pense pas être d’une intelligence particulièrement inférieure à celle de nos dirigeants, et voilà comment je vois les choses. Dès leur plus jeune âge, notre société montre aux gamins qu’elle récompense l’individualisme, la délation et l’instrumentalisation de l’autre. Elle encourage la compétition entre élèves par la notation des contrôles à la sortie de la maternelle, pour les préparer à un monde du travail hostile. Le marché de l’emploi est un champ de bataille, où ceux qui sont plus riches, ou scolairement mieux équipés écrasent les autres dans leur quête  aveugle, égoïste et stupide à la « croissance ». Les perdants sont broyés par les rouages des usines, avec une espérance de vie réduite, contraints à la misère intellectuelle et financière, ils n’ont même plus le temps de se demander si ce qu’ils font a un sens. On mélange tellement tout que la vie c’est des bouts de papier colorés, et les bouts de papier colorés, c’est la vie.

Violence infantileQuel avenir voient ces enfants ? Un monde froid, sanglant, où leur existence sera définie par leur occupation, où ils seront les outils de ce qui les tue, où ils auront encore moins de temps à passer avec leur propre progéniture que leurs parents n’en avaient à passer avec eux. Un monde sans amour, parce que l’amour Disney, dont ils seront vite désabusés, laissera place aux films de cul sans poils, apologies ultimes de la performance, et pour la plupart, leurs relations seront futiles et égocentriques, ils emploieront l’autre comme une machine à jouir, reproduisant ainsi le comportement de la société vis à vis d’eux, comme la victime de viol qui viole à son tour. Ils savent que c’est chacun pour soi. Ils ressentent, même à douze ans, ce deathmatch perpétuel que sera la vie qu’on leur destine. Je le ressentais aussi, à leur âge. Accusez-moi d’être un déterministe, mais il me semble que toute la théorie de l’évolution repose sur l’adaptabilité. Ces enfants ne font que réagir à leur environnement, comme tous les êtres vivants le font.

« On ne réglera pas avec un demi-poste de surveillant supplémentaire, le fait qu’un enfant de 13 ans arrive avec un couteau pour frapper un professeur alors qu’il n’y a aucun signalement de violence« , nous dit M. Darcos dans le Nouvel Obs du 19 mai. Exact, M. Darcos. On le règlera quand on comprendra que les « signalements de violence » sont tout autour de ces enfants, les imprègnent quotidiennement, et qu’ils viennent de gens comme vous, qui préfèrent les flics à l’éducation, les caméras à la liberté, les fouilles à l’égalité des chances. On le règlera quand on se rendra compte que les gamins qui grandissent dans le monde merdique auquel M. Darcos contribue tous les jours avec le sourire sont des enfants-soldats, programmés par avance pour la lutte à mort pour le moindre billet. C’est pourtant simple. Quand on crée des futurs êtres humains comme on dresse des chiens de combat, à coups de matraques, de muselières et de chaines, faut être vraiment con pour s’étonner quand ils mordent. Non ?

PKD

Cet article a été posté le Jeudi, 28 mai, 2009 à 17:40 • Par Searclaw.
Catégories: Politique.

2 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien

  1. 1 - NounNo Gravatar

    Moi je dis que tout ça est la faute de la pyramide des âges.
    On est maintenant dans une société régentée par le papy-boom.
    Après avoir bien rigolé pendant les seventies, puis après s’être bien gavé sur ce qu’il restait d’une économie florissante qu’il ont plutôt bien réussi à mettre à sac, tous ces ex-babs néo-viocs sont maintenant en plein bad trip.
    Ils se mettent d’un coup à flipper à l’idée de passer une fin de vie moins glamour qu’elle ne le fut et ne jure que par la retraite à taux plein dont le financement serait gravement menacée par la fainéantise de la jeune génération devenue amorale et sans valeur…
    Du coup, ils votent en masse pour un populiste réacto-sécuritaire histoire de se rassurer en mettant le pays au travail, à coup de CRS si nécessaire. Tout en n’oubliant pas de partir rapidement à la retraite, avant que les réformes pour lesquelles ils ont voté ne s’appliquent à eux-mêmes….

    Bref Sarko a été élu grâce aux vieux angoissés (désolé pour le pléonasme), très sensibles aux médias propagandistes qu’ils sont incapables de décrypter, insensibles aux nouveaux médias auxquels ils ne comprennent rien, et qui sont prêts à vendre beaucoup de nos libertés pour un peu plus de ce qu’il croient être leur tranquillité.

    On est à nouveau en période pré-électorale, Sarkozy leur ressort donc la traditionnelle soupe sécuritaire à laquelle ils adorent aller manger.

    Vivement la prochaine canicule.

  2. 2 - SearclawNo Gravatar

    Ouais. T’inquiète pas, je pense que cet été, mais aussi la fin de l’année, vont certainement être « chauds ».

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