Ca y est, on approche. Sarkozy a promis qu’en mars le projet de loi « Création et Internet » serait enfin adopté. Comme à son habitude, c’est à coup de slogans simplistes et réducteurs qu’il a vendu cette réforme, fidèle à sa volonté de faire taires les « experts », ces élites pensantes trop spécialisées pour être proche de l’électeur moyen, et surtout de la rhétorique démago-crétinisante qui fait mouche et passe bien au 20 heures de chez Bouygue.
Et comme d’hab’, en masturbant efficacement ma petite zone érogène de l’indignation bon marché, celle qui déclenche en moi une émotion à la fois vive et simple, me menant invariablement à un petit orgasme mou mais bon, au terme duquel je peux somnoler satisfait et rassuré qu’on m’ait ainsi expliqué ce qui est bien et ce qui est mal.
En l’occurence, voilà où nous en sommes : « le piratage détruit massivement la musique et le cinéma. […] je ne laisserai pas piller les droits d’auteurs parce que derrière les droits d’auteurs, derrière la protection de l’œuvre artistique, il y a tout le processus de la création. Je n’ai pas été élu pour laisser voler au supermarché ! ». Et grace à notre redresseur de torts officiel « Internet pourra devenir enfin un fantastique lieu de création et d’échange et non une jungle sauvage où il serait permis de piller les œuvres des créateurs ».

Bien.
Un rappel assez complet, pour ceux qui seraient hypersensibles à l’enfumage présidentiel, a été fait par la quadrature du net (cliquez sur la vignette pour en avoir un résumé édifiant), ou encore par Richard Ying (étudiant blogueur en com’).
Riposte Graduée, HADOPIJe ne reviendrai pas en détail sur les absurdités et contre-vérités invoquées par l’industrie culturelle pour vous convaincre que juste après le Diable, sur l’échelle du Mal Absolu, il y a le pirate et le téléchargement illégal.
Mais ce qui est sûr, c’est que cette loi unilatérale (née uniquement du lobbyisme intense des industries culturelles) fondée sur le postulat idiot (et jamais démontré) selon lequel un téléchargement illégal = une oeuvre achetée en moins, est une loi liberticide de plus à l’actif de Sarkozy.
En effet, pour déployer l’arsenal répressif nécessaire pour punir le pirate et installer un équivalent internet de radars automatiques, on commence à admettre comme normal le filtrage du net et la collecte automatisée d’adresses IP et on crée donc l’hadopi, une autorité administrative capable (entre autres) de vous supprimer votre abonnement (mais vous continuerez à le payer, rassurez-vous) en se substituant ni plus ni moins à ce qui dans un Etat de droit relève normalement du domaine de la justice.
L’adresse IP n’ayant d’ailleurs rien d’un identifiant infaillible (mais qui s’en soucie ?), et le recours se faisant à posteriori, je vous laisse imaginer les quelques couacs qui se préparent…
Inutile de dire également que l’alternative qu’était la licence globale, bien plus respectueuse de la neutralité du net, et qui promettait un réel apport d’argent aux artistes (contrairement à se projet de loi) n’a jamais été envisagée : elle aurait pourtant servi principalement les internautes et les artistes. Mais pas assez la cupidité de l’industrie du divertissement et de ses sbires parvenus, manifestement…

Mais encore ?
Tout ceci se replace finalement dans un contexte plus global, qui est celui de l’évolution d’internet, et du fait qu’à partir d’un outil décentralisé de réelle liberté pour l’usager, les différents acteurs que sont les gouvernements et les industriels (culturels, mais également FAI) sont en train de le verrouiller petit à petit pour en faire un système centralisé, aisément contrôlable pour les uns, et marchandable pour les autres.


C’est en parti ce que nous explique Benjamin Bayart lors de cette très intéressante conférence aux rencontres mondiales du logiciel libre, à Amiens (13-07-2007) : « Internet libre, ou Minitel 2.0 ? ». N’hésitez pas à consacrer une heure à son visionage. C’est passionnant de voir en quoi internet est en train de nous être volé…

La suite ?
Normalement, le pédo-nazisme terroriste devrait suffir à fournir aux divers gouvernements l’argumentaire nécessaire pour renforcer centralisation et moyens de filtrage du net. Moyens que les FAI et industriels devraient tranquillement finir par utiliser à des fins mercantiles. Ce qui in fine devrait rendre les réelles menaces (obligées à bien plus de prudence pour le coup) bien plus difficiles à traquer.
Quant au piratage…
Actuellement on assiste à l’explosion des newsgroups payants. Contre 10 à 20 € mensuels vous pouvez télécharger à un débit allant de 1 à 4 Mo/s à peu près tout ce que vous voulez. Vous pouvez même choisir un fournisseur usenet vous offrant un cryptage SSL complet. Moyennant quoi vos échanges sont absoluement indécelables.
La suite logique sera probablement l’interdiction tôt ou tard (comptez un temps de réaction lent) des newsgroups incriminés par les autorités, avec un prévisible essor des logiciels de p2p cryptés et anonymisés qui, s’ils ne sont ni très au point ni très usités, devraient explosés dans les années à venir.
Bref un jeu du chat et de la souris, où les plus avertis devraient pouvoir continuer à télécharger de la merde impunément, pendant qu’entre deux erreurs judiciaires (administratives, pardon) quelques brebis galleuses moins averties serviront d’exemple sur la place publique du 13 heures de TF6.
Tout ça pour que quelques uns puissent s’engraisser encore davantage, au prix d’un peu plus de sacrifice de nos libertés chaque jour…

Cet article a été posté le Mardi, 10 février, 2009 à 14:45 • Par .
Catégories: Politique.

11 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien

  1. 1 - NounNo Gravatar

    « Je souhaite que les fournisseurs d’accès bloquent les sites pédopornographiques et illégaux » a indiqué aujourd’hui le président Nicolas Sarkozy. Devant les médaillés de la famille et les associations familiales reçus à l’Elysée, le président a ainsi, rapporte l’AFP, dit souhaiter que les fournisseurs d’accès Internet (FAI) français bloquent une « liste noire » de sites. Si « la vigilance parentale est la meilleure des garanties » pour protéger les enfants des « dangers d’Internet et des médias », a indiqué Nicolas Sarkozy, « l’Etat peut vous aider. »

    Source.

    Ca y est c’est parti !
    Une petite blacklist publiée par le ministère de l’intérieur pour un net beau et propre…
    Miam.

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    Et pendant ce temps là, du côté des professionnels français de la «culture» :

    No comment :)

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    Une loi scandaleuse et ridicule

    LE 9 MARS 2009 23H17 | PAR JACQUES ATTALI

    «Comme en agriculture, où les riches paysans de la Beauce se sont depuis longtemps cachés derrière les pauvres agriculteurs de montagne, pour obtenir des subventions dont ils étaient en fait les principaux bénéficiaires, les industries du cinéma et de la musique mettent maintenant en avant quelques créateurs et quelques chanteurs bien vus des puissants, pour maintenir d’indéfendables rentes de situation.

    Qu’on puisse dans la France de 2009 présenter et faire voter au Parlement, avec les voix de toute la droite et d’une partie de la gauche, une loi aussi indigne que celle qui vient en débat cette semaine à l’Assemblée nationale est une signe de plus d’un pays dont les élites politiques et économiques ne comprennent plus rien ni à la jeunesse, ni à la technologie, ni à la culture. D’un pays où les mots distraction, culture, art, spectacle, commerce, chiffres d’affaires sont employés de façon indifférenciée .

    Cette loi vise à surveiller ceux qui téléchargent gratuitement de la musique ou des films, à leur envoyer une semonce, puis une amende, ou l’interdiction de l’accès à internet. Cette loi est absurde et scandaleuse.

    Absurde, parce que plus personne ne télécharge : on regarde ou écoute en streaming . Absurde parce que toute volonté de crypter est sans cesse contournée par des moyens de le dépasser. Absurde parce qu’on prétend interdire d’accès à internet toute une famille, qui en a besoin pour son travail, parce qu’un enfant utilise l’ordinateur familial pour écouter de la musique. Absurde parce que les vrais artistes n’ont rien à perdre à faire connaitre leurs œuvres, ce qui leur attirent de nouveaux spectateurs et les protègent, à terme, contre l’oubli.

    Scandaleuse parce que cette loi ouvre la voie à une surveillance générale de tous les faits et gestes des internautes ; parce qu’elle protège les rentes de situation des entreprises de média, qui ne sont pas incitées à apporter des nouveaux services à leurs clients (les paroles des chansons, les œuvres d’artistes inconnus, des films en 3 D ou tant d’autres innovations qui s’annoncent ailleurs) et les privilèges des fournisseurs d’accès,( qui devraient, en finançant une licence globale, fournir la rémunération des droits d’auteurs, des interprètes, des maisons de disques inventives et des agents des artistes ) . Scandaleuse surtout parce que, pour une fois qu’on pouvait donner quelque chose gratuitement à la jeunesse, première victime de la crise, voilà qu’on préfère engraisser les majors de la musique et du cinéma, devenues aujourd’hui cyniquement, consciemment, les premiers parasites de la culture. Et en particulier, comment la gauche, dont la mission est de défendre la gratuité contre le marché, peut elle se prêter à une telle hypocrisie ?

    A la fin du 18ème siècle, les lois sur les droits d’auteurs ont été écrites pour protéger les créateurs contre les marchands. Au milieu du 19ème siècle, telle fut aussi la raison d’etre des premières sociétés d’auteurs . Voilà qu’on prétend les utiliser pour protéger les marchands contre les créateurs ! Pire même, voilà qu’on prétend transformer les artistes en une avant-garde d’une police de l’Internet où sombrerait la démocratie.

    Cette loi sera sans doute votée, parce qu’elle est le pitoyable résultat d’une connivence passagère entre des hommes politiques, de gauche comme de droite, toujours soucieux de s’attirer les bonnes grâces d’artistes vieillissants et des chefs d’entreprises bien contents de protéger leurs profits sans rien changer à leurs habitudes.

    Cela échouera, naturellement. Pour le plus grand ridicule de tous.»

    j@attali.com
    http://blogs.lexpress.fr/attali/2009/03/une-loi-scandaleuse-et-ridicul.php

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  2. 2 - YozNo Gravatar

    A vérifier, mais ça donne la chair de poule :
    http://www.ecrans.fr/Vire-de-TF1-pour-s-etre-oppose-a,7132.html

  3. 3 - NounNo Gravatar

    TF1 n’est pas à son coup d’essai concernant l’Hadopi :
    http://www.pcinpact.com/actu/news/50180-loi-hadopi-vote-deputes-tf1.htm
    C’est bô la connivence entre politiques, industriels et médias de masse…Une autre idée de la démocratie…

  4. 4 - YozNo Gravatar

    A propos du marasme économique que vit l’industrie « culturelle », ce document de l’UFC-Que choisir donne de bonnes indications sur le foutage de gueule en court…
    http://static.pcinpact.com/pdf/09-04-30-UFC-industrie-culture.pdf

  5. 5 - NounNo Gravatar

    La phase 2 approche…

    Maintenant qu’Albanel et le ministère de la Culture ont réussi à mettre un petit doigt Hadopi dans le cul de chaque internaute, les sphincters sont prêts à recevoir le véritable invité de la fête du contrôle et de la surveillance généralisée…A savoir, le gros chibre Loppsi 2 d’ Alliot-Marie et du ministère de l’Intérieur…

    http://www.ecrans.fr/Loppsi-2-bientot-Hadopi-en-pire,6865.html

  6. 6 - YozNo Gravatar

    Attendons déjà de voir la sortie des mouchards pour tout les supports : XP/Se7en/Vista/Mac/Linux … Perso si ils font pas une version server 2003, çà me gène pas :D

    En attendant, n’oubliez pas de faire vos promesses … moi c’est fait ;)

    http://www.promessotheque.com/nohadopi

  7. 7 - SearclawNo Gravatar

    Quelqu’un peut m’expliquer cette histoire de logiciel ? On va TOUS devoir installer un logiciel HADOPI espion sur nos PC ?

  8. 8 - NounNo Gravatar

    Pour connaitre les détails, il faudra attendre les décrets d’application de la loi.
    En réalité c’est comme ça pour quasiment tous les points techniques, pratiques et/ou concrets du dispositif : pour éviter tout débat un peu trop pointu qui aurait immanquablement mis à mal (enfin un peu plus disons) l’incohérence patente de l’ensemble du projet, ils ont purement et simplement été éludés, en arguant en gros qu’on verrait plus tard pour les détails…Détails qui devraient ne pas manquer in fine de rendre l’ensemble +/- inapplicable.

    Concernant le point précis du logiciel espion gouvernemental (et oui même en Chine ils n’ont pas encore osé !), il ne sera pas obligatoire. Mais toute personne désireuse ne pas être inquiétée pourra prouver sa bonne foi en l’achetant (ils ont refusé qu’il soit gratuit) et en l’installant. En cas d’erreur administrative (l’IP étant une preuve de culpabilité tout a fait faillible), celui qui aura le spyware sur son PC sera apriori gracieusement acquitté…

  9. 9 - SearclawNo Gravatar

    OK. Merci pour ces précisions.

  10. 10 - YozNo Gravatar

    Le conseil constitutionnel vient de mettre un coup de pied au cul à la riposte graduée :
    http://www.laquadrature.net/fr/hadopi-le-conseil-constitutionnel-censure-la-riposte-graduee

  11. 11 - NounNo Gravatar

    Ça reste hallucinant d’être obligé d’en arriver au CC.
    On a quand même un gouvernement qui bataille pendant des mois pour imposer une loi anticonstitutionnelle liberticide et portant atteinte à la séparation des pouvoirs. Bref, une loi qui n’a rien à faire dans une démocratie, alors même que tout le monde ou presque (opposition, Europe, associations diverses de citoyens, etc…) pointe du doigt les dysfonctionnements. Une loi dont on ne sait si la volonté première qui l’habite est de contenter les lobbyistes amis des industries culturelles ou de poser les premières mesures de l’organisation du filtrage du net…
    Bref, être obligé d’en arriver au CC pour écarter en partie cette loi me semble en soi assez inquiétant quant à la santé de notre démocratie.

    Quoi qu’il en soit, vidée de sa substance (sanction automatique via autorité administrative), comme le souligne la Quadrature du Net, l’Hadopi n’est plus « qu’une immense machine à spams pour les industries du divertissement, payée par le contribuable ».
    La suite de la procédure renvoyée devant les tribunaux, revient à ce qu’on connait ; la DADVSI, dont on connait l’applicabilité. D’autant que s’ils osent pousser au cul pour en arriver là, la jurisprudence soulignera probablement sans tarder que l’adresse IP n’est pas une preuve suffisamment fiable.

    Que reste-t-il ?
    Lutter contre la LOPPSI2, et sa volonté d’instaurer un filtrage du net contrôlé uniquement par le Ministère de l’Intérieur (entre autres).
    Regarder les contribuables dépenser des millions d’€ chaque année pour spammer les vilains « pirates » en vain.
    Tenter de s’amuser de la communication post-CC du gouvernement qui martèle que « ça ne change rien ». Décidément jamais avares en foutage de gueule…