« Les pays dotés d’une législation sévère à l’encontre des consommateurs n’enregistrent pas des taux de consommation inférieures à ceux des pays bénéficiant d’une législation plus libérale […] Il semble donc évident qu’une politique répressive quant à la possession et la consommation de drogues n’intervient que partiellement sur les taux de consommation de substances illégales à l’échelle des pays. »
Il s’agit là de la conclusion d’une récente étude internationale basée sur des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’est pas dans les pays où la politique en matière de drogue est la plus répressive, que les problèmes qui y sont liés et les consommations sont les moindres.
Depuis la prohibition on s’en doutait un peu. Ce qui n’a pas empêcher la plupart des pays du globe de mener des politiques dures en la matière. La France en tête. Et ce n’est pas la banalisation de la consommation de cannabis et la forte augmentation de celle de cocaïne dans notre beau pays du pinard qui viendra contredire tout cela…
C’est ce qui nous est rappelé par cet article de Rue89, qui fait également référence à l’expérience fort intéressante, et pourtant si peu médiatisée, du Docteur John Marks avec ces patients héroïnomanes durant les années 1980 à Liverpool. Expérience libérale, novatrice, pragmatique et aux résultats sans équivalent à ce jour. A mille lieues de nos politiques habituelles et/ou traditionnelles, enfermées dans une idéologie étroite aux règles essentiellement dictées par la morale et les bonnes moeurs. Voilà un résumé de la surprenante expérience du Dr John Marks :
En 1982 le psychiatre John Marks prend la direction d’une clinique spécialisée dans la prise en charge des usagers de drogues à Widnes, près de Liverpool. Il y pratique la prescription d’une large gamme de drogues, dont l’héroïne, la cocaïne et les amphétamines, comme l’autorise la législation britannique. À partir de 1985 il développe la distribution et l’échange de seringues stériles et associe les usagers eux-mêmes à cette expérience de « harm reduction ». Des résuktats dès 1990 : « Grâce à la distribution gratuite et médicalement contrôlée d’héroïne, et à une politique de suivi médical et d’accompagnement psychologique, nous avons réussi à maintenir à zéro – je dis bien à zéro – le taux d’infection de nos clients par le sida. Par ailleurs, le nombre de délits dans lesquels ils sont impliqués à baissé de 93%, d’après les chiffres officiels de la police. Dans les deux villes où nous sommes installés, l’incidence des nouveaux cas de toxicodépendance représente maintenant moins de 12% du taux moyen constaté dans le reste de la région». Malgré ces résultats sans équivalent « l’expérience de Liverpool » sera arêtée par le gouvernement Thatcher : incompatible avec l’idéologie prohibitionniste promue sous pression américaine.
Bref une approche qui accepte la réalité de la toximanie sans préférer la cacher sous le tapis par tous les moyens. Le tout en ciblant indirectement ce qui est au coeur du problème et a bien souvent des conséquences bien plus néfastes que l’usage de drogue en lui-même : l’économie clandestine de drogue.
Pas sur que le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011 présenté il y a peu par la MILDT prévoit ce genre d’approche…
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