La vie du marin est une longue contemplation qui rapproche du Nirvana, parsemée d’évènements plus où moins contrariants.
Et paradoxalement, il est parfois contrariant d’avoir raison, de voir ses théories se vérifier…
Nous avions constaté que régulièrement, presque à tous les coups pour être plus près de la réalité, le vent était plus ouest que ne l’annonçait la météo. Ce qui, quand on veut aller à l’ouest avec un voilier, n’est pas pratique.
Donc, la bascule a bien eût lieu dans la nuit, super. Mais en fait non, on a du sud-ouest plutôt que le sud promis, et donc, encore, près serré de chez serré.
La pointe de l’île apparaît au milieu de la nuit. Enfin, le phare de je-sais-plus-son-nom, à l’extrémité est de Sao Miguel. Nous constatons de visu, physiquement pour ainsi dire, ce que les instruments nous indiquaient depuis hier : ça va être très chaud, ça va se jouer à rien, un poil de cul de dauphin, on arrive pas à faire mieux en cap que route sur le phare. Avec la dérive (quand on fait du près serré, le bateau se déplace latéralement, sans qu’on s’en aperçoive, il dérape en quelque sorte, et on va à coté de là où on croit aller), on va passer au nord!!
On continue comme ça quelques heures, et puis au dernier moment, au petit matin, on décide de pousser au moteur, GV bordée à mort, sans génois, pour gagner quelques degrés sur le vent et passer en force. On avance pas, 3,5 noeuds sur le fond (On distingue la vitesse fond de la vitesse surface. Imaginez un tapis roulant. Vous marchez dessus. S’il va en sens inverse, par rapport au décors, vous n’avancez pas. Avec l’eau, c’est pareil.), mais on va au bon endroit.
Arrivée au port de Punta Delgada à 15h. Le temps de faire les formalités à la Capitainerie, une douche chaude, puis direction la civilisation, les bars et les putes à marin…
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